VDN 20/07 : Lille : contrainte et forcée, Itinéraires retire ses éducateurs de trois quartiers

Centre, Vieux-Lille, Saint-Maurice-Pellevoisin. On ne verra plus les éducateurs de rue d’Itinéraires dans les secteurs difficiles de ces trois quartiers. L’association de prévention spécialisée, planche de salut des jeunes guettés par l’exclusion, se retire pour faire face à une baisse de 5 % des subventions du Département.

Il faudra faire sans eux. Eux ? Les éducateurs de rue d’Itinéraires. Des dizaines de travailleurs sociaux, en première ligne face à des jeunes au point de rupture. Décrochage scolaire, chômage, isolement, mal-logement, déracinement… Pour cette population sur le fil du rasoir, Itinéraires est souvent une planche de salut, la dernière sortie sur la voie de la marginalisation. « On est la voiture-balai, image Slimane Kadri, le directeur. On récupère les familles en difficulté et on les remet dans la boucle, on tente de leur rendre une place dans la société. » 1 500 personnes accompagnées en 2015, dans huit quartiers lillois. Mais ça, c’est fini.

Plus de « fonds de tiroirs »

Itinéraires réduit la voilure. Elle se retire de Saint-Maurice-Pellevoisin, du Vieux-Lille et du Centre, où elle veillait sur les îlots sensibles : la cité Saint-Maurice, le secteur Churchill-Ramadier, les immeubles Hoover. « On abandonne ce qu’on a mis des années à construire, regrette Slimane Kadri. Forcément, c’est douloureux. »

Mais inévitable, selon le directeur. L’association est soumise à un régime sévère par le Département, son premier financeur (*). La subvention 2016 d’Itinéraires va fondre de 5 %. Après trois années de stagnation et une quatrième de baisse (- 1,35 % en 2015), la structure n’a plus de « fonds de tiroir » à racler. Elle tranche dans le vif. « Pas question de faire de la figuration avec des équipes réduites, de faire de l’affichage, explique Slimane Kadri. On a choisi d’abandonner des quartiers pour se recentrer sur ceux qui semblaient les plus en difficultés. » Cinq postes viennent d’être supprimés, sur un effectif de cent personnes. « L’action territorialisée » d’Itinéraires se limitera à cinq quartiers à la fin de cette année, le temps d’organiser un retrait « propre ».

La toise des 5 %

Les deux autres services financés par le conseil départemental, les ateliers d’insertion et Mistral Gagnant, passeront eux aussi à la toise des 5 %. Itinéraires espère préserver les premiers, outil d’insertion professionnelle via des chantiers de construction et de menuiserie. Quant à Mistral Gagnant, qui accueille des collégiens au seuil de l’exclusion, il passera de quinze à douze places.

« On comprend les difficultés du Département, plaide Slimane Kadri. Mais on a besoin de visibilité. » Le directeur espère un contrat pluriannuel (CPOM) avec le Nord. Pour voir venir. « Aujourd’hui mes salariés me demandent, On quitte trois quartiers, ça va suffire ? Je n’en sais rien. »

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